La Côte d’Ivoire veut sécuriser 9 millions d’hectares de terres rurales
La Rédaction
Publié le 8 oct. 2026 · 3 min de lecture

Allocution du Ministre de l’Agriculture lors des Journées foncières d’Abidjan 2026. Source : Journées foncières d’Abidjan
En Côte d’Ivoire, des millions d’hectares de terres agricoles restent exploités sans certificat foncier. Une situation qui complique les transactions, fragilise les droits des détenteurs coutumiers et peut freiner les investissements. Le gouvernement veut désormais accélérer la sécurisation du domaine foncier rural, avec un objectif de 9 millions d’hectares et 1,5 million de certificats fonciers dans un horizon de 10 ans.
L’ambition représente un changement d’échelle considérable. Le domaine foncier rural ivoirien couvre environ 23 millions d’hectares, dont près de 40 % seraient concernés par cette nouvelle cible. Pourtant, le pays ne compte à ce jour qu’environ 68 000 certificats délivrés. Le rythme a certes progressé depuis les premières années d’application de la loi foncière de 1998, mais les superficies restant à sécuriser demeurent importantes.
Pendant longtemps, le coût des démarches a constitué l’un des principaux obstacles à la certification. Pour une parcelle moyenne, les frais pouvaient atteindre 500 000 à 600 000 FCFA, un montant difficilement accessible à de nombreux exploitants. À cette contrainte financière s’ajoutaient des procédures administratives parfois longues, avec des délais pouvant approcher deux ans.
Les autorités cherchent aujourd’hui à lever ces obstacles. Dans les 20 régions couvertes par les projets en cours, les opérations de certification peuvent être financées par l’État et ses partenaires, réduisant ainsi la charge supportée par les bénéficiaires. Les délais de traitement auraient également été ramenés à moins de six mois dans les zones concernées.
Cette accélération repose notamment sur les programmes conduits par l’Agence Foncière Rurale (AFOR). Le Programme de renforcement de la sécurisation foncière rurale (PRESFOR), déployé sur la période 2024-2029, prévoit déjà de sécuriser 5 millions d’hectares et de délivrer 500 000 certificats fonciers.
PublicitéPour les producteurs agricoles, la certification apporte d’abord une reconnaissance formelle des droits fonciers. Elle permet de clarifier les limites des parcelles, d’identifier les détenteurs de droits et de réduire les incertitudes susceptibles d’alimenter les conflits. Dans les zones de forte pression agricole, où coexistent exploitations familiales, plantations commerciales et droits coutumiers, cette clarification revêt une importance particulière.
Les implications économiques sont également importantes. Un producteur qui dispose de droits mieux établis peut envisager plus sereinement des investissements de long terme, notamment dans les cultures pérennes, l’irrigation ou l’amélioration des sols. La formalisation facilite aussi la conclusion de contrats fonciers et peut renforcer la sécurité des relations entre propriétaires coutumiers et exploitants.
La question est particulièrement sensible dans les filières du cacao, du café, de l’hévéa et du palmier à huile, où les investissements s’inscrivent sur plusieurs années.
Avec 9 millions d’hectares à sécuriser et 1,5 million de certificats visés, la Côte d’Ivoire cherche à faire passer la certification foncière d’une démarche encore relativement limitée à un dispositif de grande ampleur. La progression effective des superficies délimitées et des certificats délivrés permettra de mesurer la traduction de cette ambition sur le terrain.










